ALMATY, Kazakhstan (Reuters) - Les Kazakhs votent ce dimanche pour des élections législatives au terme desquelles un second parti sera représenté au parlement, cela pour apaiser le mécontentement la suite d'émeutes meurtrières survenues en décembre.
Rares sont ceux cependant qui attendent de ce scrutin qu'il conduise un véritable pluralisme dans ce pays dirigé d'une main de fer par Noursoultan Nazarbaïev depuis la fin de l'ère soviétique. Nul ne doute non plus que le parti Nour Otan du chef de l'Etat ne remportera pas une majorité écrasante ce dimanche.
Pour la première fois, le parti qui arrivera en deuxième position obtiendra automatiquement une représentation au parlement, qui compte 107 sièges, cela même s'il n'atteint pas le seuil des 7% nécessaire en théorie pour obtenir des sièges.
Nombreux cependant sont les opposants Nazarbaïev auxquels on a interdit de se porter candidats, et le parti qui devrait arriver en seconde place, Ak Jol, est une formation dirigée par un ancien membre du parti Nour Otan de Nazarbaïev.
Une trentaine de personnes ont manifesté dans le calme samedi Almaty, ancienne capitale et plus grande ville du pays, en appelant au boycott des législatives.
"Les citoyens du Kazakhstan doivent faire le seul bon choix, savoir refuser d'être des pions manipulés par les autorités", a déclaré une manifestante.
"Ce scrutin va être une nouvelle occasion manquée d'introduire le débat politique au sein du parlement kazakh", estime Lilit Guevorguian, analyste chez IHS Global Insight. "Le nouveau parlement sera composé de députés favorables au gouvernement, l'exception de quelques-uns qui appartiendront un autre parti".
LE GENDRE DE NAZARBAÏEV ÉCARTÉ
A 71 ans, Nazarbaïev, qui dirige le Kazakhstan depuis l'époque soviétique, n'a pas de successeur désigné, ni apparent. Ni d'opposition efficacement organisée (ses détracteurs les plus radicaux vivent l'étranger).
"Je suis certain que les Kazakhs feront le bon choix pour leur avenir et pour notre développement dans la paix", a dit le président après avoir voté, dimanche, la bibliothèque nationale d'Astana, sa capitale futuriste, située dans les steppes froides du nord du pays.
Le président Nazarbaïev gouverne le Kazakhstan, pays de 16,7 millions d'habitants, en plaçant la croissance économique et la stabilité au-dessus des réformes démocratiques, et accorde peu de marge de manoeuvre la dissidence.
A mesure que s'écoule son règne, un culte de personnalité l'entoure. Le 1er décembre a ainsi été décrété férié et est devenu le "Jour du premier président". Des scientifiques se sont inspirés de son nom pour désigner une découverte dans le domaine des atomes et une romancière d'Almaty, Roza Akbolatova, en a fait le héros d'une série de contes féériques.
En décembre, de violentes émeutes ont éclaté dans la région pétrolière de Manguistau, faisant 17 morts selon un bilan officiel. Le chef de l'Etat a réagi en décrétant l'état d'urgence dans la région et en remplaçant certains responsables, dont son propre gendre, Timour Koulibaïev, par des hommes de confiance de la "vieille garde".
Koulibaïev était considéré comme un possible successeur, le préféré des investisseurs. Il a payé les émeutes de son poste de président de Samrouk-Kazyna, le fonds souverain doté de 90 milliards de dollars de réserves qui possède notamment les entreprises pétrolières du pays.
Dans son programme de campagne, le parti présidentiel Nour Otan promet de poursuivre la croissance de la richesse nationale. De 700 dollars par habitant en 1993, le ratio PIB/tête est passé 11.000 dollars (un niveau comparable la Turquie et au Mexique) et le parti annonce qu'il passera 17.000 dollars en 2017.
"Nous avons traversé vingt années de réformes libérales stables. Dans le même temps, il y a eu une accumulation sauvage de capital, pour reprendre des termes marxistes. Aujourd'hui, le temps est venu de mettre en oeuvre des réformes sociales", estime cependant Iermoukhamet Iertysbaïev, conseiller de la présidence.
Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français